Le Grand Livre vert, partie 2 : La sortie du pipeline
Énergir a empoché environ un demi-milliard de dollars américains tirés d'infrastructures de gaz fossile. Puis, il a continué de vendre la transition verte.
Publié à l’origine dans Le Journal de Montréal, le jeudi 9 avril 2026.
La Partie 1 de cette série a établi qu’environ 95 à 97 % du gaz circulant dans le réseau québécois d’Énergir est du gaz de schiste importé des États-Unis, et qu’Énergir a raté ses cibles de livraison de gaz renouvelable d’environ 73 %. Ce qu’elle n’a pas encore abordé, c’est l’entreprise de gaz fossile qu’Énergir exploitait de l’autre côté de la frontière. Voici ce que le dossier public révèle.
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Énergir détenait 38,3 % du Portland Natural Gas Transmission System (PNGTS). Il s’agit d’un pipeline de 475 kilomètres réglementé par la Federal Energy Regulatory Commission américaine, acheminant du gaz naturel fossile depuis le Canadian Mainline vers les marchés du nord de la Nouvelle-Angleterre.
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Le PNGTS est une infrastructure transfrontalière de gaz fossile. Énergir n’était pas un simple récepteur passif du gaz de schiste. Elle était copropriétaire du pipeline qui le transportait, le même type d’infrastructure d’extraction que la loi québécoise interdit sur son propre territoire.
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En mars 2024, TC Énergie et Énergir ont annoncé la vente du PNGTS. Prix de vente brut: 1,14 milliard de dollars américains, incluant la prise en charge de 250 millions de dollars américains en billets de premier rang. Acheteurs: des fonds gérés par BlackRock Infrastructure et Morgan Stanley Infrastructure Partners.
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La transaction s’est clôturée en août 2024. Avec une participation de 38,3 %, le produit estimé pour Énergir s’établissait à environ 436 millions de dollars américains.
L’actif PNGTS et le bilan renouvelable concurrent
| Actif PNGTS (fossile) | Bilan livraison renouvelable | |
|---|---|---|
| Participation d’Énergir | 38,3 % | Sans objet |
| Infrastructure | Pipeline de 475 km, gaz fossile transfrontalier | Cible: 2 % du réseau |
| Résultat / produit | Vendu en août 2024, environ 436 M$ US | Livré: 0,6 %, écart de 70 % sous la cible (2023) |
| Autorité réglementaire | FERC (États-Unis) | Régie de l’énergie (Québec) |
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Énergir a détenu cette participation pendant les mêmes années où elle manquait ses cibles. Durant toute cette période, Énergir était à la fois le seul distributeur gazier du Québec, l’entité réglementée tenue de verdir son réseau, et le partenaire contractuel des producteurs agricoles de GNR que le Québec subventionnait avec des fonds publics.
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Les cibles de gaz renouvelable n’ont pas été atteintes. Les obligations réglementaires prévoyaient 1 % d’ici 2020, 2 % d’ici 2023 et 5 % d’ici 2025, mais aucune n’a été honorée. Le réseau est resté fossile à 95 à 97 % pendant qu’Énergir encaissait la valeur maximale de ses avoirs dans les pipelines de gaz fossile.
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Le programme PSPGNR finançait précisément la solution à cet écart. Des producteurs agricoles québécois étaient subventionnés pour injecter du biométhane dans le réseau d’Énergir, réduisant la dépendance au gaz fossile que le PNGTS contribuait à maintenir.
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L’écart entre l’engagement déclaré et le résultat mesuré est un fait de dossier public. Le profit tiré des infrastructures fossiles l’est aussi. Des questions sur la gestion du programme PSPGNR sont aujourd’hui devant les tribunaux québécois.
Paul Sauvé, agriculteur GNR Shefford, GNRShefford.ca
Il s’agit de la Partie 2 du Grand Livre Vert, une série d’enquêtes en cours portant sur Énergir, le programme de gaz renouvelable du Québec et les fonds publics qui les sous-tendent. De nouvelles révélations sont à venir. Sources principales: Régie de l’énergie du Québec, dossier R-4320-2025; communiqué TC Énergie et Énergir de mars 2024 et clôture de la transaction en août 2024; documents du programme PSPGNR; Federal Energy Regulatory Commission. Toutes les données proviennent de sources accessibles au public. Ce contenu a été produit par GNR Shefford.